mercredi 11 mars 2009

La Vague - Todd Strasser


Auteur : Todd Strasser
Titre : La Vague (titre anglais original : The Wave)
Editeur : Jean-Claude Gawsewitch (puis Pocket)


A., collègue d'Histoire-Géo, nous a proposé (aux membres des équipes pédagogiques 4e et 3e) d'emmener nos élèves voir le film La Vague qui est sorti le 4 mars dernier. Ce film (que je n'ai pas encore vu) est une aubaine pour nous puisqu'il colle en tous points à nos programmes : étude de la montée des fascismes et de la seconde guerre mondiale en Histoire, étude de l'argumentation et du pouvoir de la parole quand elle est bien maniée en Français, sans compter le fait que le film est en allemand ce qui ouvrira un peu les yeux de nos élèves aux jugements à l'emporte-pièce envers cette langue, et permettra aux germanistes de travailler différemment.

Je voulais, avant la projection avoir une petite idée de ce que je trouverais dans l'adaptation cinématographique et me suis donc procuré le roman éponyme.

Si le style est assez brut et plat (mais peut-être est-ce dû à la traduction), il n'en demeure pas moins que l'histoire est captivante et très prenante. La pression monte graduellement à tel point qu'il m'a été impossible de lâcher l'ouvrage tant j'étais désireux de voir où conduirait l'expérimentation décrite.

En effet, ce roman relate une expérience menée à la fin des années 60 aux Etats-Unis par un professeur qui souhaitait faire comprendre à ses élèves les mécanismes du nazisme.
La question qui la provoque est pertinente, et je pense que nous nous la sommes tous posée quand nous avons eu à évoquer, en cours, la montée du nazisme :
"Comment les Allemands ont-ils pu laisser les nazis assassiner des gens presque sous leurs yeux pour ensuite affirmer qu'ils n'en savaient rien ? Comment ont-ils pu faire une chose pareille ? Comment ont-ils même pu dire une chose pareille ? - Ma seule réponse, c'est que les nazis étaient extrêmement bien organisés et redoutés de tous. L'attitude du reste de la population demeure un mystère... Pourquoi n'avoir rien fait pour les arrêter ? Pourquoi affirmer ne pas être au courant ? Nous n'en savons rien"
Pour tenter de parvenir à une réponse, le professeur, ne l'ayant pas trouvée dans ses ouvrages, se propose de mener ainsi son cours :
Supposons, pensa-t-il que je prenne une heure de cours, ou peut-être même deux, pour mener une petite expérience. Pour essayer de montrer à mes élèves à quoi ressemblait la vie quotidienne dans l'Allemagne nazie. S'il trouvait le bon moyen pour conduire cette expérience, il était certain que les lycéens en retireraient bien plus que n'importe quelle explication académique. Cela valait vraiment la peine d'essayer.
A plusieurs moments du roman, j'ai eu des échos de Rhinocéros de Ionesco. La façon dont certains personnages se sentent exister à travers le groupe, la façon dont d'autres, plus individualistes (au sens positif du terme), après y être entrés, ne se retrouvent plus dans ce groupe qui tend à gommer toute forme d'individualité, enfin ceux qui, ne trouvant pas leur compte dans cette société justement individualiste, se donnent corps et âme à cette nouvelle "cause".

Voici, pour établir le parallèle entre le roman et l'adaptation cinématographique, la bande-annonce du film de Dennis Gensel :





Il est vrai que le film est largement différent du roman. D'une part le lieu de l'action change. Des Etats-Unis, l'action est transportée en Allemagne. Des années 70, on passe à l'époque strictement contemporaine. Le traitement de l'expérience est bien plus radicale dans le film que dans le roman. Assez logiquement, les vides narratifs du textes sont remplis par le scénario plus complexe du film. La fin est traitée de façon différente dans le livre et dans le film. Je serai bien en peine de trancher quant à savoir laquelle est meilleure ; les deux se justifient à mon sens, entre autre par l'époque auxquelles ont été réalisés les deux œuvres. Le livre a été édité pour la première fois en 1981 alors que le film est de 2008. Ces quelques trente ans qui les séparent ont vu nombres de changements sociétaux qui a eux seuls pourraient expliquer les différents traitements du dénouement. Le public visé, aussi n'y est sûrement pas étranger, toutefois je ne pense pas que le film ait été réalisé à l'intention des seuls adolescents, ce qui rendrait cette interprétation incomplète.

samedi 14 février 2009

Darwin et l'évolution expliqués à nos petits-enfants - Pascal Picq


Auteur : Pascal Picq

Titre : Darwin et l'évolution expliqués à nos petits-enfants

Editeur
: Seuil


Voici un petit ouvrage de vulgarisation scientifique extrêmement bien conçu et rédigé. Je l'ai découvert au hasard de l'écoute d'une émission sur Radio Classique et ai ensuite, à nouveau, pu écouter l'auteur sur Inter lors de l'émission 2000 ans d'Histoire consacrée à Darwin le 4 février dernier. La clarté avec laquelle s'exprime ce scientifique m'a donné envie d'aller voir un peu plus loin et de me pencher sur cet ouvrage. Je ne connais rien de plus à la paléoanthropologie que ce qu'ont pu m'en dire mes profs de sciences et histoire lors de mes années collège (hier, quoi...). J'avoue m'être laissé porté par ce livre assez facilement, quoique certains passages m'aient été quelques peu obscurs par manque de connaissance, mais rien de rédibitoire pour autant.
L'œuvre est rédigée sur le mode du dialogue entre l'auteur et un(e) de ses petits-enfants. Les questions et remarques ont la naïveté du non-spécialiste mais les réponses sont clairement élaborées de sorte qu'elles mènent, pas à pas le lecteur vers le savoir de façon très agréable, sous une forme souvent romancée qui rend le contenu moins austère.
L'exposé se déroule comme suit :
Prologue
C'est quoi l'évolution ?
I. Des espèces fixes à l'idée d'évolution
II. Des espèces aux classifications

Charles Darwin et la sélection naturelle
I. La jeunesse de Charles Darwin : 1809-1844
II. L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle

L'évolution aujourd'hui
I. La génétique et ses conséquences
II. La théorie moderne de l'évolution.

Les grandes étapes de l'histoire de la vie
I. Des origines de la vie aux premiers vertébrés
II. L'évolution des vertébrés.

Conclusion : de l'importance de connaître l'évolution.
Comme on le voit, l'ouvrage ne focalise pas l'attention sur la seule personne de Charles Darwin. L'évolution est vue à travers ses plus grands représentants tant avant (Lamarck) qu'après (génétique) Darwin mais aussi à travers ses multiples facettes, ce qui fait dire à l'auteur qu'il n'y a pas une théorie de l'évolution mais bien des théories de l'évolution.

Le plus important dans ce livre, qui n'est abordé que trop brièvement, à mon goût, en conclusion est la difficulté à laquelle se heurte aujourd'hui - comme Darwin en son temps - le pédagogue contemporain qui doit inculquer à ses élèves les rudiments des théories évolutionnistes, à savoir l'opposition de plus en plus farouche, et construite des créationnistes (il existe même des sites présentant les arguments à opposer aux professeurs de sciences !).
La position de l'auteur se veut mesurée et, répondant à une question de son interlocuteur, il explique que les deux théories ne sont pas exclusives l'une de l'autre ni incompatible,s parce qu'elles ne relèvent pas du même niveau conceptuel.

Interlocuteur - [...] dans ma classe, il y a des élèves qui refusent de croire la théorie de l'évolution.
Auteur - [...] Le problème, comme tu viens de le dire, c'est qu'ils ne "croient" pas. Il ne s'agit pas de croyance, mais de science. Dans une démocratie laïque, on a le droit de croire et de ne pas croire. On ne peut pas les forcer. Par contre, ils n'ont pas le droit de vouloir modifier les programmes de la classe de science au nom d'une croyance religieuse ou autre, et encore moins d'agir pour que, d'une manière ou d'une autre, on supprime l'enseignement de la biologie et de la théorie de l'évolution.

C'est bien là, tel qu'il devrait être, le fondement de l'enseignement dans une République laïque comme la nôtre.

L'auteur conclut en indiquant que la connaissance des théories de l'évolution nous est indispensable pour mieux comprendre l'état de délabrement de notre planète à cause de l'activité humaine "par sa multitude et ses activités, [l'homme] influe dramatiquement sur l'environnement et la biodiversité", et son interlocuteur de répondre "c'est l'histoire de la ‘sixième extinction’".

Seul léger bémol, je reste un peu sur ma faim quant à cette histoire d'extinction. A plusieurs reprises, le thème est abordé, sans vraiment être jamais creusé. Autant je comprends assez aisément la notion d'extinction (celle des dinausaures par exemple), autant le fait que nous nous acheminions vers la "sixième" me laisse perplexe parce que j'aurais souhaité un rapide exposé sur les cinq précédentes afin de savoir où nous nous situons. Une des référence que j'ai pu trouver à ce sujet est celle-ci, mais le texte est assez complexe et les cinq extinctions passées ne sont, là encore, que trop rapidement évoquées.

jeudi 29 janvier 2009

Et alors !!!

Pour la deuxième fois en une semaine, les médias se font l'écho de personnalités politiques ouvertement homo.
Ca a d'abord été M. Katrouchi la semaine passée et voilà qu'à présent The Independant, quotidien londonien, (relayé par Courrier International) annonce en brève, la probable nomination d'une lesbienne à la tête du gouvernement d'Islande.

ISLANDEBientôt un chef de gouvernement gay ?

Après avoir été le premier pays du monde à avoir vu son gouvernement tomber à cause de la crise financière, l'Islande sera-t-elle le premier à être gouverné par une femme homosexuelle ? La question que relève The Independent se pose après que Johanna Sigurdardottir a été chargée de former la prochaine équipe gouvernementale. Cette responsable du parti social-démocrate âgée de 66 ans partage en effet sa vie avec une journaliste et dramaturge. "Mais même si elle est célèbre dans l'île, étant une politicienne de premier plan depuis des années, son union lesbienne n'a jamais été une affaire importante sans ce pays calmement progressiste", note le quotidien londonien.

Je me demande, un peu naïvement sûrement, en quoi la vie privée de ces personnes nous intéresse. Qu'a-t-on à faire de savoir si un tel ou un tel est homo, hétéro, bi, trans ou que sais-je encore ? Ce que les peuples veulent, ce dont ils ont besoin, est d'une personne capable, volontaire et motivée pour mener la barque étatique dans l'intérêt général (cela va sans dire).
A croire qu'en ce début de XXIe siècle certains n'ont toujours pas compris que l'orientation sexuelle et/ou confessionnelle d'une personne n'a rien à voir avec ses compétences propres. Ce raisonnement commence à faire son chemin vis-à-vis des femmes en politique, il faudrait que le mouvement accélère sans quoi cela prendra encore 60 ans pour que l'on considère les homos/bi/trans comme tout aussi aptes que d'autres.
D'autre part, les derniers mots de la brève me font hurler. En quoi le fait d'avoir un chef de gouvernement homo est-il progressiste ? Est-ce que ce ne serait pas plutôt la marque d'un respect plus profondément marqué dans cette société que dans la nôtre qui, sous couvert d'ouverture pharisienne, donne à voir, à grands coups d'interviews, de livres et autres conférences de presse, leur pseudo-acceptatance condescendante de ce qui apparaît, du coup, comme un phénomène de mode débilisant ?

Il y a encore du boulot...

mercredi 7 janvier 2009

Chose vue : The Bubble d'Eytan Fox (2006)


Voici une deuxième entorse à mon projet originel, un nouveau film.
Youk_ nous l'a fait voir à Osky (qui était là pour les vacances) et moi jeudi dernier et depuis, rien n'y fait, je l'ai en tête, il m'obsède et me hante.
C'est un film d'une douceur et d'une violence inouïe.

Titre : The Bubble (titre original : Ha Bua)
Réalisateur : Eytan Fox
Date de sortie : 2006 (juillet 2007 en France)
Langue : Hébreux (sous-titré en français)
Acteurs principaux :

* Ohad Knoller, Noam ;
* Yousef 'Joe' Sweid, Ashraf ;
* Daniela Virtzer, Lulu ;
* Alon Freidman, Yeli.




Le point de départ de l'histoire est somme toute assez simple. Noam, soldat de Tsahal rencontre, à un check-point israëlien Ashram, un jeune Palestinien. Ils se retrouvent à Tel-Aviv et tombent amoureux l'un de l'autre. Les contours de la suite sont assez faciles à deviner, mais le mieux est encore de voir le film.

Cette histoire prend, ces jours-ci, pour moi, une dimension encore différente. Avec la reprise ouverte des affrontements en Palestine, ce genre de drame ne fait que se reproduire encore et encore, suivant inlassablement le même scénario et la même dialectique morbide.
Le temps de savoir qui est dans le vrai et qui est dans le faux, qui sont les coupable, si ce temps n'a jamais existé, est résolument révolu. Il ne reste à présent que deux choses, des souffrances que rien ne saurait effacer et une haine si profondément viscérale chez l'un et l'autre peuple qu'aucun espoir ne me semble plus permis. Pourtant, certains veulent y croire, le film s'en fait l'écho sans cesse, jusque dans son dénouement pourtant brutal et tragique.

J'hésite entre la volonté de voir et revoir cette oeuvre et une affreuse répulsion à cause de sa dureté et de ma faiblesse à la supporter.

Bonne année !

Je vous souhaite, à vous et vos proches, une excellente année 2009, pleine de réussite, bonheur et santé.
Pour bien commencer, voici un haïku que j'ai trouvé dans l'anthologie proposée par Roger Munier (Paris, 1978).

Ah ! Pouvoir être
un enfant
le jour de l'An !

Issa (1763-1827)

jeudi 20 novembre 2008

Jour de colère et de tristesse...

C'est rare, mais j'ai besoin aujourd'hui de m'épancher sur une sensation très désagréable qui me tient.
Il n'aura échappé à personne que ce jeudi 20 novembre est un jour de manifestation et de grève des personnels enseignants de l'Education Nationale et des personnels enseignant-chercheurs de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Je suis touché à ces deux titres mais c'est surtout le premier qui m'attriste.
Pour la première fois depuis le début de ma (jeune) carrière (cela fait 7 ans que j'enseigne) je me suis volontairement, et sans trop balancer, mis en grève ! L'autre fois où je l'ai été, en 2003 contre les réformes Fillon, c'était surtout par solidarité avec les collègues qui tenaient le pavé depuis quelques semaines déjà.

Que les choses soient claires dès maintenant, je ne cherche pas dans ce post à m'attirer la sympathie d'aucun (même si je risque d'essuyer quelques coups).

Les choses ne sont pas très claires dans mon esprit, cela risque de s'en ressentir dans la qualité de ce message, je m'en excuse par avance.

Je ne suis pas un fervent défenseur de la grève ni proche d'aucun syndicat (j'ai du mal à les considérer comme efficaces parce qu'ils ont trop d'intérêts particuliers à sauvegarder mais c'est un autre problème). Je considère que les solutions ne peuvent être trouvées que par la médiation et la discussion, pas par l'affrontement.
Le problème actuellement est qu'il n'y a pas de discussion et surtout, ce qui me peine le plus, que les réformes, pour nécessaires qu'elles peuvent être, vont à l'encontre des élèves dont nous avons la charge.
Les réformes des programmes n'ont pas été faites en concertation avec les enseignants ce qui ne peut mener à grand chose. Certes nous avons été "consultés", nous avons renvoyé des commentaires sur les projets de programmes à nos Inspecteurs à la fin de l'année dernière, mais, à la lecture des progrogrammes définitifs, il est criant qu'aucune modification n'a été apportée par rapport au projet.
Qu'il faille revoir les contenus d'enseignement me semble légitime, donc même si je réprouve fortement la méthode employée par le Ministère, je passerai sur ce point.
En revanche, ce qui me révolte le plus dans la politique actuelle (je ne parlerai pas de l'appel d'offre lancé pour fliquer tous les méchants profs sur leurs sites corporatistes de désinformation gauchiste), ce qui me révolte est le mépris avec lequel sont traités nos élèves.
Les enfants, neuveux, cousins de ceux qui vilipandent ces "fénéants de profs avec leurs 3 mois et demi de vacances et leurs 15 heures de boulot hebdomadaires", ces enfants donc ne sont pour l'Administration que des chiffres, des effectifs d'une part et des salaires, des subventions d'autre part. C'est là que le bas blesse : on a, de la part de l'Administration, un déni d'individu. L'Institution oublie que ces élèves ne sont pas tous égaux (devant le droit oui bien sûr,, heureusement, mais intellectuellement certainement pas !).
Je vais prendre un exemple très concret, l'établissement dans lequel je sévis. J'ai la charge de deux classes de 3e et une classe de 4e en français (plus 6h de latin et grec). Les deux classes de 3e font un effectif global de 53 élèves, soit, en moyenne 26/27 élèves par classe.
Gérer un groupe de 26 élèves ne me pose pas de problème ; je n'en aurai pas plus avec un groupe à 35 : la solution est simple, plus l'effectif est élevé plus le cours tourne au cours magistral (sans prise de parole d'élèves, sans questionnement possible, sans retour sur les points plus ou moins bien compris) et plus l'atmosphère devient lourde à cause d'une nécessaire discipline de fer. Ce n'est pas ma conception du métier. J'assume un cours plus léger, avec une discipline certes présente pour conserver une atmosphère propice au travail mais avec une liberté de parole et de questionnement quasi absolue. Cela me permet de travailler dans une ambiance à la fois studieuse quand c'est nécessaire, et en même temps rassurante pour les élèves dont la parole, et donc la disponibilité intellectuelle, sont libérées de contraintes dues à la différence de statut enseignant-élève.
La conclusion de ce raisonnement est facile à trouver. Avec des effectifs alourdis, ma gestion de la classe s'en ressentira et donc, nécessairement les résultats des élèves ; non pas parce qu'ils ne travailleraient plus, mais parce que je n'aurai plus la possibilité de les écouter !
Si j'ai dans mes groupes de 25 élèves 3 élèves en difficultés, j'ai encore la possibilité de les faire travailler à part pendant que les autres sont en activité de façon autonome, mais si, en lieu et place de 3 élèves "décrocheurs", j'en ai 7 ou 8, comment arriver à les gérer (leurs difficultés n'étant évidemment pas les mêmes), et que faire des autres élèves ?
De mon point de vue, si les effectifs montent, la proportion d'élèves en difficulté augmentera aussi, et de façon plus flagrante que celle des bons élèves (sauf à répartir les élèves dans les établissements en fonction de leur niveau scolaire, mais je n'ose pas imaginer que l'idée ait pu ne serait-ce qu'effleurer l'esprit de nos dirigeants).
A l'heure actuelle, j'ai à gérer de ces classes hétérogènes, je suis déchiré de ne pas pouvoir m'occuper des très bons élèves (ceux qui ont compris la leçon à la moitié du raisonnement), j'essaie, au mieux, de motiver ceux qui sont à la traine en les valorisant et en les mobilisant plus souvent que les autres, mais il est évident que ceux pour qui je travaille surtout sont les élèves moyens, les "médiocres" (au sens étymologique, ceux qui sont au milieu). Les (très) bons élèves s'en sortiront toujours (je suis donc, en l'état actuel des choses, déjà, contraint de les sacrifier!) ce qui me permet de concentrer mon attention sur les autres élèves. Avec des groupes démesurés (ce vers quoi l'on tend en supprimant des postes de façon aussi drastique), je serai contraint de sacrifier à la fois les très bons mais aussi les "décrocheurs" pour me concentrer sur la mediocritas ; l'idée m'est insupportable et ce n'est pas ma mission, ni celle de l'Institution qui doit être la garante de l'égalité des chances (à moins que la République n'existe plus !).
Dans le même ordre d'idée, la suppression des BEP, alors que la preuve de leur efficacité n'est plus à donner, au profit des Bac Pro en 3 ans est une aberration ! Ces formations permettaient à des élèves en difficultés de se former à un métier en deux ans, mais surtout, elles donnaient confiance à ces élèves et les réconciliaient avec l'école. Je sais bien que les détenteurs du BEP partaient très souvent en Bac Pro, mais c'était justement parce qu'on leur avait donné la possibilité de travailler à leur rythme (chose que ne permet pas le collège !) et donc de combler les lacunes accumulées pendant les quatre années précédentes. Plutôt que de proposer des réformes à la machette sur la seconde partie du secondaire (lycée général, technologique et professionnel), il aurait mieux valu se concentrer sur le véritable problème du système éducatif français, le collège !
Il y a là, de la part de nos énarques, un sérieux problème de méthode : une réforme se fait par le bas, pas par le haut ! Ce n'est pas en proposant des programmes rétrogrades en primaire, en dénigrant le travail des enseignants de maternelle et en sabrant les enseignements des lycées et les effectifs d'enseignants au collège qu'on règlera les problèmes. Ce n'est pas en ayant une politique aveugle et surtout sourde aux besoins et idées des enseignants qu'on règlera les problèmes.
Pour en avoir discuté souvent avec mes collègues, tous appellent de leur vœux une réforme du système éducatif, mais encore faut-il que ceux qui sont au contact de "l'usager" (les élèves et leurs parents) prennent en considération l'expérience du terrain (et pas les intérêts lobbyistes, syndicaux et partisans).

Donc aujourd'hui je suis triste. Ma place est devant mes élèves et on ne me donne pas d'autre choix que de n'y être pas pour défendre leurs intérêts. Ce qui me peine aussi ce sont les commentaires que je lis et entends ici et là de la part de ceux qui travaillent dans le secteur privé et qui ne se rendent pas du tout compte de ce qu'est le métier d'enseignant et le dénigrent en suivant la propagande construite par les gouvernements successifs depuis une trentaine d'année qui montre les profs comme des nantis surpayés (ceci dit, à leur décharge, je ne connais pas spécialement non plus les métiers du privé - sinon pour l'avoir vécu au quotidien pendant 25 ans avec mes parents, mais ça ne compte pas...).

mercredi 19 novembre 2008

Utile et gratuit !

Voici un site utile puisqu'il permet de faire, via un partenariat avec Orange, une action à destination de la Croix-Rouge.

Tout ce que les internautes ont à faire est d'aller, à leur gré, visiter le blog pour y voir les dernières planches dessinées.

http://www.monbeausapin.org/